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Allocution de Daniel Baal, Président de la Fédération bancaire française – Lundi 26 janvier 2026
Bonjour à toutes et à tous,
Avant toute chose, je tiens à vous remercier d’être venu ici à la Fédération bancaire française, pour échanger sur l’actualité de ce début d’année. Je vous adresse mes meilleurs vœux pour vous, pour vos proches, pour vos titres. Je souhaite aussi le mieux pour la France, son économie et les Français.
Je voudrais faire un tour d’horizon de nos actions et de nos préoccupations dans plusieurs domaines en ce début d’année.
Dans quelques minutes, je passerai la parole à Frédéric Dabi qui nous présentera les résultats de l’enquête Ifop, dont je veux retenir tout de suite que neuf Français sur dix ont une bonne image de leur banque.
Je tâcherai d’être concret : certains sujets « bancaires » peuvent sembler complexes, techniques, quand il s’agit de réglementation par exemple, mais ne nous y trompons pas, ils ont une incidence directe sur le quotidien des Français, sur la vie des entreprises, même s’ils sont parfois ignorés, mal compris voire caricaturés. Notre rôle est d’apporter de la clarté, comme je l’ai fait récemment sur le livret A ou sur les découverts.
2025 a démontré la bonne tenue du secteur bancaire et de l’économie française, malgré un niveau d’incertitude exceptionnel. Incertitudes économiques, géopolitiques, politiques nationales, budgétaires et fiscales. La somme de ces incertitudes pèse sur la confiance des entreprises et des ménages (1) et retarde des projets privés et publics partout en France.
Face à cela : deux certitudes. La première : « la rupture de l’ordre mondial, la fin d’une fiction agréable et le début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte », qu’a fort bien décrite Mark Carney la semaine dernière à Davos. La deuxième, l’impératif d’une France en ordre de marche dans une Europe forte, unie et utile.
Dans ce contexte, mon premier message, c’est que les banques françaises ont tenu leur rôle. Elles l’ont fait avec solidité, avec responsabilité et avec constance.
Solidité : nos établissements sont aujourd’hui parmi les plus sûrs au monde. Leur qualité intrinsèque est excellente, leur solvabilité élevée, leur liquidité abondante. Les stress tests européens l’ont d’ailleurs confirmé(2).
Mais cette solidité n’est pas une fin en soi. Elle est au service de l’économie réelle. Les banques françaises la soutiennent, partout et pour tous avec responsabilité.
En 2025, les banques françaises ont continué à financer les entreprises, y compris dans une période où l’attentisme aurait pu l’emporter. Les défaillances d’entreprises sont au plus haut, c’est vrai. Mais le risque, c’est notre métier. Et toute la profession est mobilisée pour accompagner les chefs d’entreprises et leurs salariés.
Les banques ont soutenu un tissu entrepreneurial remarquablement dynamique, qui a sans doute limité ses investissements, mais a trouvé, grâce au soutien du secteur bancaire, une réponse positive. Au total, plus de 1 400 milliards d’euros de crédits aux entreprises sont engagés en France, soit une hausse de +62 % en 10 ans. Chaque mois, en 2025, ce sont près de 30 milliards d’euros qui financent nos entreprises, grandes, moyennes et petites. Soit 1 milliard d’euros par jour utiles pour l’avenir de notre pays. À l’inverse, la dette publique française progresse d’environ 500 millions d’euros par jour… Les banques font le choix de l’avenir, l’État fait lui, trop souvent, celui de l’inertie.
Nous avons également accompagné la reprise progressive du crédit immobilier, et à travers lui tout le secteur du logement. 1 283 milliards d’euros de crédit à l’habitat aux particuliers en France, avec une tendance à la reprise en 2025, notamment grâce à une baisse des taux. Le taux d’intérêt moyen qui s’établit aux alentours de 3% est l’un des plus faibles d’Europe et les taux fixes, qui sont une spécificité française, protègent particulièrement les emprunteurs, anciens ou nouveaux.
Qui plus est, la part des primo accédants pour l’acquisition d’une résidence principale est supérieure à 50% de la production des crédits en 2025, de même que celle des ménages les moins aisés. C’est la preuve du rôle essentiel joué par le secteur bancaire dans l’accession à la propriété du plus grand nombre.
Les banques françaises n’ont jamais fermé les vannes du crédit immobilier. Dans notre modèle, accompagner nos clients pour l’accession à la propriété est essentiel. Alors que le logement figure parmi les principales préoccupations de nos concitoyens, mais aussi des banques. La nette reprise du marché est une bonne nouvelle pour tout le monde.
Mon deuxième message, c’est de rappeler ce qui permet tout cela : les banques françaises s’appuient majoritairement sur un modèle universel, relationnel, de proximité, qui accompagne les projets dans la durée.
Je rappelle quelques preuves concrètes de proximité :
Il peut y avoir des préjugés, des clichés, des questions sur les banques. Nous y sommes habitués et nous dialoguons systématiquement avec ceux qui s’expriment pour expliquer, et pour trouver des solutions chaque fois que c’est possible. Comme nous l’avions démontré, une fois encore, lors de la période Covid.
Aujourd’hui, les banques font clairement partie des solutions aux difficultés des ménages, des entreprises et même de l’Etat. C’est mon troisième message. Nous sommes animés par cet esprit de solution chaque jour dans les banques et au sein de la Fédération bancaire française. Et les résultats de l’enquête Ifop que donnera Frédéric Dabi dans quelques instants le prouvent et nous engagent.
Durant les crises qui ont fait suite à la période Covid – énergétique, inflationniste, géopolitique – les banques ont aussi été au rendez-vous. Je le redis avec force : les banques françaises sont un atout précieux pour la France et pour l’Europe.
L’exemple du secteur de la défense l’illustre. Les banques françaises accompagnent de longue date l’industrie de défense française et européenne. Quelques chiffres au 30 juin 2025, que je vous annonce en exclusivité : les six plus grandes banques françaises (BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, La Banque Postale et Société Générale) ont accordé 45 milliards d’euros de financement aux entreprises de défense françaises, soit +75% depuis 2021 et déjà + 22% sur le 1er semestre. Pour les autres entreprises européennes de défense, il faut ajouter 22 milliards d’euros. Ces chiffres montrent la capacité des banques françaises à soutenir l’effort pour la défense dans un contexte géopolitique marqué par la recrudescence des tensions et conflits, et la nécessité d’une réponse européenne.
Autre enjeu essentiel à nos yeux, le financement de la transition énergétique. Les banques sont très conscientes que l’urgence climatique est celle de notre génération. Selon les experts, la France pourrait connaître une hausse des températures de +2,7°C d’ici 2050. Et 2050, c’est demain dans notre métier. S’il fallait vous convaincre de notre engagement, dites-vous qu’il est totalement rationnel : les prêts immobiliers à 25 ans que nous distribuons cette année seront-ils remboursés si les logements qu’ils financent sont devenus inhabitables ?
Les banques Françaises poursuivent leur dynamique d’orientation des flux financiers pour les projets de transition de leurs clients, entreprises, collectivités ou particuliers. Comme chaque année, la FBF a publié une étude de référence en avril 2025, j’en rappelle les éléments clés :
La stratégie est inchangée : les banques poursuivront leurs efforts dans la durée pour accompagner l’économie et leurs clients dans la nécessaire décarbonation de leurs activités. Nous publierons ce semestre les données à fin 2025.
Pour 2026, les besoins de financement sont toujours plus importants pour répondre aux défis que sont les financements des transitions énergétiques, technologiques et sociétales, et aussi bien sûr pour répondre au grand enjeu de la souveraineté européenne. Les rapports de force se modifient de plus en plus vite et de plus en plus fort aux portes et en dehors de notre continent. Il est urgent d’apporter collectivement des réponses à ces défis, et les banques françaises y prennent toute leur part. Notre responsabilité nous oblige aussi à dire quand les choix collectifs peuvent menacer notre capacité à agir ou avoir des conséquences dans la vie quotidienne de nos concitoyens.
La situation des finances publiques françaises est préoccupante et la dernière version en date du projet de loi de finances pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. L’ensemble des acteurs économiques, du plus petit au plus grand, a assisté à une surenchère fiscale au cours des derniers mois, qui ne peut pas constituer une réponse durable aux défis économiques et sociaux de notre pays. Les banques françaises ont contribué en 2024 à hauteur de plus de 22,3 milliards d’euros aux finances publiques (en hausse par rapport à 2023). C’est plus que le total des budgets cumulés des ministères des sports, de l’Europe et de la justice pour 2026 qui se chiffre à 20,5 milliards d’euros.
Or, je tiens à rappeler que les décisions fiscales ne sont pas neutres pour la croissance future. A cet égard, j’ai été frappé par la polémique sur les aides aux entreprises. Certains voudraient faire croire que les grandes entreprises françaises auraient des privilèges. En réalité, elles partent avec un boulet fiscal par rapport à nos voisins européens. Je rappelle un élément factuel : les prélèvements sur les entreprises, nets des aides reçues, sont supérieurs à ceux de nos voisins européens : 10,5 % du PIB (vs. 8,1 % pour l’UE, environ 7 % en Allemagne) [FIPECO].
Taxer le « Made in France », avec la reconduction de la surtaxe d’impôt sur les sociétés, c’est pénaliser des acteurs vertueux qui localisent leurs emplois et leurs revenus en France, et in fine fragiliser notre souveraineté économique. C’est aussi revenir sur des engagements pris et générer de l’instabilité pour les entreprises. Avec un taux d’IS à 36,13 % (KPMG/OCDE pour les grandes entreprises assujetties à la surtaxe), nous sommes très au-dessus de tous les pays de l’OCDE (moyenne de 24,1 %).
À trop les taxer les entreprises, il risque surtout d’y avoir des effets négatifs : sur la croissance, sur l’investissement, sur le pouvoir d’achat, sur l’emploi et donc in fine également sur le rendement attendu de l’imposition.
Les banques, comme toutes les autres entreprises, font aujourd’hui partis des rares espaces dans notre société où il existe une cohésion forte autour d’un projet commun. Dans l’entreprise, dirigeants et salariés veulent créer davantage de valeur pour pouvoir la partager en interne mais aussi en externe, avec la société et avec l’État. Les entreprises sont aujourd’hui un pilier essentiel de la stabilité et de la cohésion. Les Français l’ont bien compris.
Un zoom sur l’épargne : j’entends parfois la petite musique de « l’argent qui dort » sur les comptes et les livrets, ou de « la baisse des taux des livrets qui serait une mauvaise nouvelle pour les épargnants », ou encore que « les banques n’en feraient pas assez sur les livrets d’épargne populaires, les LEP, réservés aux épargnants faiblement imposés à l’impôt sur le revenu. Ces trois sujets montrent l’importance de l’éducation budgétaire et financière, que nous menons aussi au sein des banques et de la Fédération, à travers son programme des « clés de la banque » ou de son opération « J’invite un banquier/e dans ma classe » à laquelle je participerai cette année. Je m’exerce donc à cette pédagogie :
Je termine ce chapitre national en évoquant avec vous le sujet de la fraude aux moyens de paiements. La sécurité des paiements est une priorité absolue des banques françaises.
Nous ne cessons pas d’investir, voici 3 exemples que nous avons déployés et qui sont visibles de tous au quotidien.
1/ L’authentification forte pour vérifier l’identité d’un utilisateur en exigeant la combinaison d’au moins deux types de preuves d’identité différents.
2/ Les modifications de tous les écrans de nos applications pour expliciter au client son parcours : montants des opérations, bénéficiaire, signaler qu’il s’agisse d’un paiement et la possibilité est donnée d’autoriser ou de refuser.
3/ Depuis le 9 octobre 2025, ce nouveau service de Vérification du Bénéficiaire (VoP – Verification of Payee) pour sécuriser les virements bancaires en vérifiant que le nom du bénéficiaire renseigné par le client correspond bien à l’IBAN du compte destinataire.
La lutte contre la fraude est l’affaire de tous, y compris des clients. J’insiste, il est essentiel que les clients soient vigilants sur tout et pas seulement sur les paiements.
Pour les alerter, le secteur bancaire mobilise des centaines de millions d’euros chaque année – en pédagogie, avec des équipes, de l’intelligence artificielle, etc. Dans la presse, les banques et la FBF ont lancé en 2023 une vaste campagne de sensibilisation « Ne donnez pas ces données ». Nous avons relancé cette campagne, cette fois en lien avec les pouvoirs publics et les autorités en 2024 et en 2025, en plus des démarches d’information de chaque banque vis-à-vis de ses clients. Nous repartirons en campagne en 2026.
Enfin, notre conviction est que c’est avec l’ensemble des parties prenantes que nous pourrons le mieux lutter contre la fraude.
Nous continuerons sans relâche à nous mobiliser pour renforcer encore la sécurité et l’information de nos clients. Mais si nous voulons réellement protéger les concitoyens français et européens, il faut que l’Europe se penche sur ce problème d’inaction des plateformes qui restent passives devant les escroqueries ainsi diffusées. Nous espérons être entendus sur ces deux enjeux clés : prévention et coopération. Comme le montrera l’étude Ifop, là où 73% des Français interrogés déclarent faire confiance aux banques pour la sécurisation de leurs données personnelles, ils ne sont que 41% pour les GAFA.
Ce sujet de la fraude est une bonne transition avec l’enjeu européen : avons-nous les moyens de financer notre avenir ? Et est-ce que l’Europe se donne toutes les possibilités de le faire ? Transition écologique, réindustrialisation, innovation, défense, logement, souveraineté numérique… Les besoins de financement sont immenses.
Or, des milliards d’euros de fonds propres, sont aujourd’hui immobilisés par une accumulation de contraintes prudentielles, parfois déconnectées des réalités économiques. On estime les exigences supplémentaires fixées par le superviseur, sur un échantillon de quinze banques, entre 2021 et 2024, à plus de 100 milliards d’euros. Cela représente un potentiel de financement bloqué pour l’Europe d’environ 1 500 milliards d’euros. Des projets en cours de discussion au niveau européen vont limiter le financement bancaire de l’économie. Je ne vais prendre que trois exemples, parmi tant d’autres :
Mais au-delà de l’euro numérique de détail, les vrais sujets technologiques et de souveraineté pour l’Europe sont autres : ce sont l’euro numérique de gros, les dépôts tokenisés et les stablecoins en euro. Ce sont aujourd’hui des sujets majeurs. Si nous voulons offrir une vraie alternative crédible au dollar US, c’est en ce sens que nous devons aller.
Par ailleurs, l’unanimité du secteur financier européen, incluant les assureurs, a sonné l’alarme sur le projet de règlement sur l’accès aux données financières (FiDA), un texte dangereux à la fois pour la souveraineté et la mutualisation des risques. Nous réaffirmons que ce texte doit être abandonné.
Sur tous ces sujets, nous souhaitons qu’un meilleur équilibre soit trouvé au profit de l’économie européenne entre stabilité et compétitivité, entre régulation et croissance. Nous souhaitons aussi que, au-delà des mots, l’objectif de souveraineté européenne se traduise en actes, avec une réelle défense du modèle européen et des acteurs économiques qui sont à son service.
L’Europe, communauté de droit et de justice, doit être au service de la personne et du progrès humain, social et économique ; elle doit avoir une vraie vision, fidèle à ses pères fondateurs, et arrêter de se lancer sans cesse dans de nouvelles règlementations inutiles, voire coûteuses et inefficaces, comme FIDA et l’euro numérique de détail.
Pour conclure :
Dans une période d’incertitude sur le plan international, européen et national, le secteur bancaire français est un facteur et un acteur de stabilité, de cohésion et de projection vers l’avenir. Il est solide, il est engagé, il est profondément ancré dans les territoires. Et les Français ne s’y trompent pas puisqu’ils déclarent à 83% que le secteur bancaire est stratégique.
Le secteur bancaire continue à prendre toute sa part pour financer la transition écologique, l’innovation, notre souveraineté à tous les niveaux et les défis sociétaux. Pour répondre à ces défis, il a besoin d’un cadre qui soit lisible, stable et qui favorise des règles du jeu équitable.
Il y a une voie entre d’un côté la dérégulation et de l’autre la surrèglementation. Mon message est simple : sans banques européennes fortes, innovantes et compétitives, il n’y aura ni souveraineté européenne, ni transitions réussies.
C’est collectivement – pouvoirs publics, entreprises, particuliers, partenaires sociaux, … – que nous réussirons. Dialoguons. Ne dressons pas les uns contre les autres. Faisons aussi confiance à ceux qui investissent, qui accompagnent, qui construisent dans la durée.
Je vous remercie pour votre attention et je passe maintenant la parole à Frédéric Dabi pour qu’il nous présente les principaux enseignements de l’étude IFOP-FBF. Nous nous tiendrons par la suite à votre disposition, avec Frédéric Dabi et Maya Atig, notre Directrice Générale, pour répondre à vos questions.
Annexes
(1) Confiance des ménages et climats des affaires en France – source : Insee

(2) Comparaison du ratio de solvabilité (CET1) des groupes bancaires européens – source : BCE

Ratio de liquidité à court terme des principales banques françaises – Source : ACPR

Allocution de Daniel Baal, président de la FBF – 26 janvier 2026 (PDF)
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