Accueil Espace presse Interventions de la FBF Interview de Philippe Brassac, Président de la FBF, Directeur général de Crédit Agricole SA, pour Revue Banque - "Le système bancaire français est un ilot de stabilité dans un monde d'incertitudes".  
 
 
 

Infos  

 
09 janvier 2017

Interview de Philippe Brassac, Président de la FBF, Directeur général de Crédit Agricole SA, pour Revue Banque - "Le système bancaire français est un ilot de stabilité dans un monde d'incertitudes".

Philippe Brassac revient sur les événements marquants de 2016 et les défis à venir pour 2017.

 

Philippe Brassac revient sur l'année 2016, et son premier constat est que : "nous avons en France, un système bancaire solide, stable, qui finance l'économie dans des proportions plus élevées que le reste de l'Europe et avec des niveaux de taux et de marges très faibles pour les emprunteurs."

2016 a été également marquée par le phénomène d'accentuation des taux bas voire négatifs, l'incertitude provoquée par le vote du Brexit, et enfin la crainte de subir un durcissement supplémentaire des règlementations via les travaux du Comité de Bâle qui pénaliserait essentiellement le modèle de financement de l'économie européenne.


En effet, la profession reste très mobilisée dans les négociations avec le Comité de Bâle : "Tout le monde admet désormais que le niveau de sécurité n'est plus un sujet : il ne faudrait donc pas que pour des raisons d'uniformisation, les banques européennes soient obligées de changer de modèles, et qu'au final l'Europe ait du mal à se financer....".


Il a ainsi rappelé : "... le système bancaire français accueille favorablement toutes les règles qui sécurisent la finance. C'est précisément ce que nous défendons dans Bâle IV : les modèles internes développés par les grandes banques françaises sont des modèles d'appréciation du risque beaucoup plus pertinents et adaptés à la situation de nos établissements, et qui ont des effets vertueux sur les politiques que nous menons. ... cela fait 10 à 15 ans que l'on nous demande des politiques de meilleure sélection des risques à partir de nos modèles internes, et quand nous y parvenons avec un coût du risque très bas, on nous dit que ce n'est pas crédible d'avoir des risques aussi faibles et qu'il faut changer de modèle !".


Concernant la zone euro et sa capacité à affirmer sa spécificité sur la scène internationale: "L'Union bancaire ne s'est pas bâtie sur une ambition large qui aurait consisté à établir une cible politique, en définissant une vraie stratégie du financement de l'économie européenne. Au lieu d'un objectif politique, nous n'avons que des contraintes techniques. On peut espérer que ce sursaut d'ambition politique européenne soit un enjeu des élections qui vont se dérouler en 2017, en France et en Allemagne."


P. Brassac revient aussi sur l'attention qu'il faut porter à l'évolution de la réglementation car au-delà de renforcer la sécurité pour les acteurs, elle doit être pertinente : "...il faut un dialogue étroit entre les régulateurs et les professionnels qui doivent accepter d'aller dans le sens de ces régulations mais expliquer comment les traduire pour être opérantes dans le vrai intérêt des clients.... Protéger les consommateurs ne veut pas dire se convertir à l'individualisme total car le risque est alors non seulement de démutualiser les processus, mais aussi d'aboutir au déni de la valeur ajoutée de la relation commerciale. Cet éparpillement ne permet pas de créer des relations gagnant-gagnant dans la relation banque client."

Au niveau du contexte économique de 2017, P Brassac souligne : "L'enjeu est de ré-installer une courbe des taux, qui rende possible une intermédiation entre les taux courts et longs, nécessaire pour le bon fonctionnement du système bancaire européen, mais aussi pour que les épargnants retrouvent des lignes conductrices. ... La question des taux en 2017 est centrale au moment où la BCE a annoncé l'allègement de son système d'intervention monétaire."


Et sur les conséquences du BREXIT, il explique : "Le système bancaire français n'est pas concerné directement ; notre enjeu n'est pas celui d'un accès à l'Europe comme pour les banques internationales et américaines. En revanche, l'enjeu important est celui de la place de Paris. Celle-ci a indubitablement une carte à jouer, compte tenu de son tissu économique et financier, de ses infrastructures de transport ou sociales. Mais il faut aussi un cadre d'attractivité fiscale, sociale et réglementaire clair."


Enfin sur la digitalisation du secteur bancaire, P Brassac conclut : 'Il s'agit d'une accélération dans la continuité et non d'une rupture. Les banques encouragent depuis 30 ans l'autonomisation de leurs clients et l'usage du digital. ... Ce ne sont pas les FinTech qui sont à l'origine de ce mouvement. De plus, ce sont les banques qui nourrissent aujourd'hui le terreau économique des FinTech, les accueillent dans des incubateurs, travaillent avec elles sous forme de partenariat, ou encore les financent. La digitalisation n'est pas un nouveau monde qui vient frapper orthogonalement le système bancaire, même si les questions de sécurité et d'égalité de concurrence se posent avec les nouveaux acteurs. Elle est plutôt en train d'amplifier une multicanalité et une transformation de la relation client qui étaient déjà présentes."

 
 
 
 
Retour haut de page